DICTIONNAIRE DES SYMBOLES

vent
nuit
la neige
et la mer
qui tourne à rebours
déployée en pétales d'or
arrachée aux vertiges incessants des aurores
sublimée par le froid engourdissement
des flocons
dans sa nappe d'effervescence


sillon tranquille au creux du vide
son silence est long et gracile
on la compare à la pluie d'or mais
elle est le sang de l'espace
sa pulsation subtile
et dans l'épanchement de sa vague
puissante et éternelle
le monde se condense en une musique fine
celle du temps qui s'amenuise
et se dilate en galaxies à la dérive


Le ciel nocturne
est un petit ruisseau espiègle :
on le traverse
et la tête enivrée soudain se berce
d'un joyeux déséquilibre
le corps en vain cherche
à s'arrimer à des rives fuyantes
et tandis que les mains gravitent
comme des planètes perdues et avides
les yeux s'ensorcellent
dans le puissant silence
des constellations en dérive
tels de lointains échos de soleil
à la surface d'une eau
chantante et gracile


La langue est serpent
elle se faufile entre les mots
n'en parle aucun
les dit tous
elle glisse entre les lèvres
les dents
et les silences
pour signifier le monde
A-t-elle seulement compris ce qu'elle affirme ?
Non personne
pas même celui qui est censé
manœuvrer ce gouvernail


sourire opiacé
opaque et épicé
qui perce sous la pierre
sans paraître passer
et tisse son emprise
comme un miel glacé


réverbération de sens
se mire et se déploie
en plusieurs fois
au détour de dédales
d'arcades et de contours
d'orbes lumineuses
rayonnantes
tournoyantes
et répétées
croisées
et décroisées
dans la lente procession des regards
perdus
éperdus
et puis captés
dans le cadre rassurant du portrait des choses
et des êtres
les formes coïncident
avec leur ombre
leur nombre
toujours plus grand
foisonnant
comme échos qui se perdent et se reflètent
en danses
transes
et illusions
avec pour seul point fixe
l'œil grand ouvert de la conscience


dans le souvenir que j'ai de toi
il y a le chant des heures
la lumière qui a frôlé ton visage
et s'est posée sur mes yeux
le son de tes mouvements
presque le froissement d'un instant
qui s'est blotti en lui-même
comme pour toucher à la douceur
de l'éternité


parfum des paysages sans fin
s'efface enfin en moi
et son essence est silence...


rouge minuit
aux fleurs de vivre
délivre son parfum létal
et animal
grande oraison de chair
délivre son élan vital
avive le désir
irise la pénombre
d'une touche de fièvre
fatale
et irréelle


dans le luxe de minuit
j'ai contemplé ta chair
infiniment
une étoffe tendre qui passe et repasse
inlassablement
sous mes yeux
affolés
sous mes mains
amusées
un vertige immense devant cette profondeur épaisse
me dit le nom secret de ton corps
plonge au cœur du vide
pour y renaître en pleine lumière


ta bouche est
aurore
fruit du ciel devenu
chair
gorgée d'un zénith rouge
vibrant comme la sève du monde


rose
effervescente
frissonnante
diamant
devenue chair
et robe foisonnante
l'amant
discerne en son cœur
un mystère
infini
comme le frémissement des vagues


amer passé
comme la mer
effacé
et face au vide acéré
peuple toute éternité
de son doux chant d'oubli


sur le fil acéré du temps qui glisse
six aigles ont faim de sanglantes querelles
et dans la ronde que dessinent leurs cinglantes ailes
le silence se glace de leur savoureux délice


mort
remède des mots mûrs
ciel obscurci n'a pas d'image
abîme feuilleté d'or
s'immisce en moi comme un passage
emmène-moi au monde
traverse l'onde lente d'un chaos devenu rêve
irise mes esprits en une danse lancinante


horizon limite
sans limites
horreur facétieuse du désert
qui s'ennuie
alangui
disposé là comme une terre
épanouie
Le cortège fourmille
et gracile
se déploie comme une huile
vorace
qui dévore l'espace
et ne laisse derrière elle
que l'empreinte fugace
de son ombre futile


dans mon désert
des navires
passent
et au loin
la promesse d'une mer
et ses innombrables étincelles d'argent


le rouge incendie
dans ma bouche
porte le souci ailleurs
dans l'espace
et la danse
lente
commence
et gravite
palpite
au cœur du temps
étiré
élancé
comme une invitation
à passer
en dehors
du présent


velours de voix noire
nervure la verte vallée
et l'ondoyante danse des herbes
s'inscrit dans ma mémoire humide
au vent frais du soir
ombres bleues et pourpres du couchant
rasant les arbres d'un royaume
jamais éteint
toujours présent
sanctuaire d'une nuit qui se tisse
là-bas au loin
à l'abri des regards


les archipels voyagent
d'une respiration d'océan
à l'autre
et la chevelure magnétique de la nuit
les entraîne
en magies et en vertiges
jusqu'au rivage lumineux
de la bordure du monde


Sur le fil du chemin
les lumières glissent
comme des sourires à la surface
de mes souvenirs
je ne garde que les fruits
gorgés de vie
les reflets des femmes et des espaces
s'entrelacent en symphonies
comme une danse
qui chavire
si ce n'est moi
qui approche le vertige magique
d'un instant suspendu
qui s'éternise ?


dans ton regard qui s'ouvre le royaume
il libère un à un tous ses arômes
et son étrange vague de terreurs
au seuil la danse
au seuil l'espace
immense
raisonne peu si tu te lances
au vide
les plus malins y ont perdu
le fil
raisonne peu
lorsque ta vie défile
et saisis le
feu soyeux du silence
jeu joyeux d'un infini des possibles


clin deuil
au zénith
la nuit s'est fait jour
jusqu'au coeur de midi
et dans le concert du monde
soudain figé
danse la lancinante attente
qu'un soleil neuf
enfin
devienne roi


un lac et ses écailles
écarlates
éclatent en étincelles
et entrelacs
pour qui sait en délier
les reflets
délicats


un ciel de parfums
escalier ensoleillé
ma main cueille le son des vagues
et se tisse doucement un visage fait d'étoiles
la lame du silence glisse sur le frémissement d'un songe
et dans la brume profonde chante la danse fragile
d'une fête oubliée


vos yeux la nuit
blancs comme neigent
feu de rêves
et prémisses d'un silence
qui disperse les ombres
au-delà du réel


il y a un œil au fond du puits
et cet œil
c'est toi
qui parle là
si ce n'est lui
il luit
sans déserts alentours
et sa nuit
profonde et savante
éclaire de son timbre
la galaxie de sens qui se tisse
autour de mon cœur
dans le ciel silencieux
qui résonne dans ma nuque
il y a ce son
primordial et passager
celui du jour
qui se lève enfin


SOLEIL le vent lève les voiles du Levant veille au silence d'avant éveille les étoiles éteintes et teinte la nuit de tes rêves le miel s'y tisse sans tinter éteins la musique fanée profanée trop fardée affadie par l'ennui des années inutiles et hostiles et aussi longtemps que tu le crois possible oscille au son lent de la vie jubile au fond comme un enfant tu peux réinventer le monde


.
libre
danse au bord
du vide évide sa
mélodie de vertiges, et vive
la source jaillit, comme foison de
voix profondes, surgit du cœur, sombre
alchimie des antres qui, saisie au soleil bleu des
espaces sans rive, délivre sa partition de cristaux et de couleurs,
sel subtil, lucide comme une onde chantante,
juste le temps d'un envol,
jaillis et sois l'astre limpide,
réjouis-toi : respire !


la danse des formes
des signes dans mes yeux
dessinent dans mes cieux
la dense lumière du dedans
informe et folle
incandescence
souveraine flamme
issue du fleuve profond


aux brisures du réel
le sel a toute sa part
il fait l'angle du vide
irise la courbure du ciel
et puissant parmi les éclats de sens
disperse l'harmonie des choses rances
habite au cœur de toi-même
pour te trouver réel
et passager
recueille enfin le sel
que tu as longtemps disséminé
ci-gît la mort du rêve
et son chant de charogne
ici un horizon s'ouvre à toi


nage contre le vent
si belle est la noyade
respire au firmament
rebrousse enfin le temps


aux bouches des mots
silence est fruit du temple
et résonne la peur au ventre
de dire enfin le mot
qui efface
tout


murmure le ciel
murmure le sang
murmure la vie vide des algues lentes
murmure le rouge
murmure le temps
et plonge ton âme
aux astres d'or et d'océans


il est un centre d'où tout rayonne
la foi
l'amour
et où résonne
l'essence intime de toute chose
l'ineffable prose du réel
qui est un sel de transmutation


chamane
transe en danse
est perdu
la vague volupté
céleste
et le geste
qui dit le verbe
et le vent
et le temps
de tout voir
est fini
maintenant
c'est à toi
de vivre


empare-toi du royaume
signe les blancs
définis ton espace
transgresse les contours
et tu verras s'ouvrir le cœur
celui qui réside
en ton âme & conscience


De cette instance diffuse
le réel tire toute sa puissance
et son prestige
quoique passager...
À l'aune d'un souffle enfui
je mesure ta distance.
D'un bruissement sauvage
qui happe le désir
je saisis ton essence
un instant -
pour mieux la relâcher
la laisser s'évanouir
et revenir
comme un spasme apaisé.