MON CIEL LE SANG

Si la voile se fend
le vent s'engouffre
dans l'océan du regard
il y a une île
ou est-ce un continent
qui sommeille en mon âme ?


Trace
Sangle les traces
Étrangle l'espace
Étrange la place qui s'ouvre
Efface les angles qui foisonnent
Et dans l'axe de l'œil qui s'étonne
Tu discerneras la glace
fondante
de vastes plaines qui rayonnent
Il est temps
Prends la mesure de ton trait
et de son pouvoir illimité


j'attends que les mondes foisonnent
      palpitent sous mes doigts
            dans mes yeux
      et de la neige fonde l'espace
            s'étende comme lande lumineuse
      chavire la mer déployée
            incrustée de bateaux éperdus
      et la terre qui berce les images
            des civilisations éteintes
      dans mon esprit enfin éveillé
            comme l'étincelle...

j'entends les mondes qui foisonnent
      ils disent mon nom
            en échos rapprochés
      ils tracent les courbes absolues
            qui chantent le futur des vies et des villes
            rachètent les paysages à la mort soudain ruinée
            soulèvent les vents du levant
            les visages portés par les senteurs du matin
      et traversent les flots
      pour enfin parvenir au continent des possibles


Je ne sais comment tout cela finira.
La nuit
la pluie
est une brillante chanson
douce pour l'esprit.
Et le soir est un voile
qui nimbe les peurs
de sa fausse tranquillité.
Le retour de l'ascète
est une réjouissance
un feu souterrain
qui perce au creux du jour.
Les cris ne l'effraient pas
ils affermissent son chemin.
Le silence est un prestige
dont il se passe aisément.
Seule la divine mesure des heures
l'inquiète
car il ne sait pas compter
il doit le faire les yeux fermés.


c'est un éclat de ciel
devenu froid
un pan de plaine
devenu chair
sa vibration grillonne
une musique grandiose
mais sourde
comme éteinte
et la vue qui passe au raz
de ses falaises
discerne la tendre floraison du vent
qui s'immisce tout près
comme un baiser


Jadis
les forêts d'incendies parsemaient
les montagnes
ruisselaient de symboles
silencieux
les chamanes dérivaient
parmi les mondes
un seul existait le jour
et mille myriades
de nuit
s'envolaient
et dans l'étrange brume
du matin
on apercevait enfin
l'aurore
comme une trêve puissante
au cœur des symphonies


mes yeux sont sans rivage
et auprès de moi les mages
        s'éteignent
        comme une pluie fade
le soleil réverbère
        ses sons lents
        dans ma tête
et mon cœur est chargé de tempêtes
les forêts frémissent dans mes veines
et ma voix qui surgit du chaos
est un horizon blanc
      inquiétant
opaque comme la fumée des volcans
je ne suis ni ici ni ailleurs
je suis au chœur du vide
qui est en vous
et je l'emplis
        de sacrifices
tremblez vivants
        car j'abolis
        votre innocence
je suis l'apocalypse
        du non-sens


J'aimerais ne pas voir la mort
      sur mon visage
sourire aux quatre vents
      comme un enfant
      qui se sait sûr
      de sa puissance
J'aimerais ne pas perdre le ciel
      de vue
sa nuit féconde et circulaire
      comme l'air qui glisse
      dans les châteaux
      et les forêts
J'aimerais ne pas vous perdre
      vous
et vos grands rires
      ceux qui sont faits
      d'étoiles de sens
      et de chaleur
que vous dansez chaque fois
      que sonne l'heure
      de ne rien dire
J'aimerais vous aimer
      et en mourir
      sur la grand place
où se dressent les oiseaux
      qui délivrent les messages
      de désir
J'aimerais en vivre
      et en soupir
      sentir passer
le vent frais des paysages
qui vibrent au plus profond de moi
les serrer encore une dernière fois
avant de tous vous les offrir


Tu es très en beauté ce soir
      dans ta robe de chair
et la soie de ta peau vibre
      au doux son de mes mots
      amoureux
Il n'y a qu'une ombre au tableau
      vive
      et la plaie qui l'habite est profonde
Elle me hante elle m'invite
      et au-delà se trouve un monde
      qui me fait oublier
      qui je suis...


il suffit pourtant de ne rien dire
laisser voguer les fruits morts
à fleur de rêves
laisser mûrir la sève lente
et craquante
des putréfactions enfouies
on délivre ainsi sûrement
les endormis
ils chantent leur longue oraison
de nuit
ils soufflent sur les sens
vous étourdissent
et vous dispersent
vous perdez pied
le rivage ainsi s'est éloigné
et vous touchez enfin
aux frontières
de vous-même


transe
est danse tremblée

tremble et se tressera l'étrange
danse et se dressera l'intense
spasme comme la mer immense
drame au corps entier naufragé
traverse l'abîme du sens
et trouve au-delà son essence
le son profond de ton âme...
comme l'onde en surface d'un lac souterrain


c'est la voix tourbillonnante du monde
une ascension vers le vide profond de la nuit
sillonné d'étoiles
et de poussières
l'étoffe bruissante et tournoyante du rêve
l'épaisseur insaisissable du réel
intangible comme le vent
qui chante dans mon corps et dans ma tête
à en perdre haleine


J'ai prolongé la nuit, aux confins,
je l'ai étirée comme un lac
et sa noire profondeur s'est reflétée en moi.
Où est le sel du ciel
rouge flamboiement d'aurore
devenu blême ?
En suivant le chemin muet parmi les herbes
je l'ai trouvé à la surface des arbres
Descente aux ombres
et aux odeurs
de fraîches heures
parmi les morts...
Pulsation douce entre les vagues.
Un si long silence a délié les reflets du vide
pour en briser la monotone harmonie.


La nuit
est comme un point sombre
en toi
j'y perçois
une douleur vive
dense
intense
et la phosphorescence
de ce tourbillon de noirs
libère une prose douce
une musique subtile
qui délie les esprits éteints
délivre les songes figés
et fait vibrer les cœurs froids
qui soudain
se mettent à fredonner


Quand après la pluie le paysage gonflé d’eaux
Respire de toutes ses lumières
La ligne rasante du soleil
Chargeant les ombres d’un silence solennel

Quand la profondeur du ciel
Vous fait vivre et ressentir
La grande intensité du vivant

Et que toutes choses semblent
Participer infiniment de tout votre être

Quand la lune fraîche paraît s’inviter à cette fête sereine

Et que le lent élan des heures et des senteurs
Gravite dans chaque frémissement de votre peau

Le réel s’est effondré
Et dire n’est qu’une peine lourde
Et fragile
Et inutile

Seule l’immense bouffée de présence
Qui vous inspire
Est à même de vous faire doucement danser
A l’unisson du monde


au cœur de nuit
et de ses échos barbares
ton corps comme une mangue blanche
pour saisir le frisson de ton sexe
suivre le contour caché de tes lèvres
et m’immiscer en toi
dans tes étoffes sensibles
épouser l’épaisseur de ton vide
pour distiller un désir plus avide
de tes contours interdits
et secrets
pour un amour sapide


une rivière d’étoiles
      a envahi ma nuit
      et mes rêves
      et débordant le lit
      de chaque instant
      est devenue
      ma respiration profonde

un serpent circule en moi
      et ses innombrables lumières
      ne sont qu’une
propagation continue de vie
      et de vide
scandée par la beauté du noir
      et des aurores


il y eut sans doute
des heures dites
limite
dans l'histoire du monde
des moments
vibrants
où le sang des protagonistes
s'est fait chant
de transe
et de transhumance
illimitées
comme le délire au désert

il y eut sans doute
de bizarres symphonies
d'ennui
aussi
celles où ciel et eau
fusionnent
en un flamboiement d'espace
inutile
mais subtil
comme un regard acéré
sur les choses
du dedans

il y eut sans doute
un temps
absolu
dévolu à l'être
et ses facettes
comme un passage en revue
étonné
sidéré de silence soudain
et opportun

il y eut sans doute
des phases
de vide
où la science s'est effondrée
sans rien dire
des états de la matière
où le gaz s'est fait pierre
où le vent s'est fait chair
un doux bruissement de soufre
et de lumière
répandu sur l'abîme
comme un sacrement futile

il y eut sans doute tout cela
avant que tu ne viennes à moi
tous sens dehors
verbe insolent
prête à dessiner sur l'envie
de vastes oscillations de désir...

quand à l'orient le soleil grésille
il n'y a plus que la pluie
qui peut encore apaiser
l'incendie


quand je plonge en toi
l'océan ébloui frappe mon ciel le sang
et vogue l'air salé des plaines qui s'éloignent
et pour tout frisson
la terre grumeleuse
qui de ma main ouverte s'évapore
diffracte mon esprit aux quatre coins du monde
une pluie de lumières
chante comme un fracas d'aurore
un doux bruissement d'herbes
et de feu
qui roule et ronronne
en mon cœur chaviré
la pierre adoucie par les eaux
égrène sa poésie de stupeur
et d'amour
au gré des heures passagères
d'un scintillant soleil de nuit


une saveur de nuit
sur tes lèvres ourlées par l'amour
fièvre passagère
et ton cœur soudain
se met à battre dans mes tempes
et dans l'azur profond de tes yeux
un univers se déploie
en musiques
et en rythmes
à l'infini


J'aimerais parler une langue fleuve
  âpre et lumineuse
  nourrie de la résonance intérieure des arbres
j'aimerais que le sel des montagnes s'y glisse
  et dérive en pépites argentées
  comme un pollen craquelant et cristallin
j'aimerais que la terre y engouffre son souffle
  que les territoires brassent leurs limons
  dans sa trame tournoyante
j'aimerais que les êtres s'y inscrivent
  en une procession solennelle vers le front de mer
  drâpés dans la robe fluide de mes mots
  pour qu'ensemble nous atteignions enfin
  les grands royaumes du lointain...

L'hiver est là hélas mais sous la glace
  rayonne encore la promesse de l'aube
  celle qui prépare sans bruit
  l'immense transhumance du désir.


  Quand
  au matin
la nuit s'efface sans un bruit
  une fête infinie
  au loin lentement
souffle une grande bulle de lumière
  et la lune
  comme un œil fou
  ou égaré
soudain semble battre en retraite
  la mer se teinte
  du sang naissant
  d'un nouveau jour
  et sa robe
  soulevée
par les tout premiers frémissements du monde
révèle les formes langoureuses de la terre
  la conscience claire
  saisit la poignée de parfums
  qui s'élèvent
pour s'en faire un talisman
  un mantra
  de vitalité et de désir


la lumière ploie
et dans l'incandescence suscitée par sa courbure
la couleur renaît


j’ai atteint le cœur de nuit
loin des rives avides
la surface opaque d’un lac
noir
à la richesse vide
et profonde
un lieu où se réverbèrent les mondes
dans une musicalité douce
impavide
faire un pas
vite
et franchir le néant qui l’habite
pour rejoindre en-dessous
les étoiles sources
d’une mobilité intangible
délier les reflets inutiles
pour atteindre le concert océan
des immensités éphémères
et rejouer en soi la joie première
d’un chant de silence
à la saveur intime

j’ai rejoint le cœur de nuit
là en bas
dans la beauté féconde
de cet instant subtil